Dalila Louati – Dans les ruelles d’Ezzahra, au sud de Tunis, une fillette court, rit et joue au foot avec les garçons. Un jour, un voisin lui lance : « Dalila, tu m’intéresses.
Tu aimes courir ? » Cette phrase anodine change sa vie. Dalila Louati n’a que 9 ans, mais déjà, le destin vient de la choisir.
Dalila Louati – Une enfance sportive et un destin tracé
Née le 12 mars 1961 dans une famille où le sport est une seconde nature, Dalila baigne dans la performance.
Sa mère est nageuse, son père et son frère sont champions d’Afrique de boxe, sa sœur brille au basket, et sa nièce montera plus tard sur les podiums mondiaux en lutte.
L’athlétisme s’impose alors comme une évidence. Très tôt, la jeune fille enchaîne les foulées, découvre la rigueur de la piste et le plaisir de l’effort. Une passion qui ne la quittera plus.
De Nice à Tunis, la révélation d’une marathonienne
Installée à Nice, Dalila s’entraîne au sein du club de l’ASPTT. Sa spécialité ? Le 800 et le 1500 mètres.
Mais un jour, sur un coup de tête, elle s’inscrit au Marathon de Nice.
Sans préparation spécifique, sans plan d’entraînement digne de ce nom. Résultat : 3 heures 50 de course et une révélation.
« C’était fou, je n’avais jamais couru plus d’une heure d’affilée », se souvient-elle.
Mais cette première tentative devient un tournant. Elle découvre le plaisir de la longue distance, cette ivresse de la route où l’on court d’abord contre soi-même.
De retour en Tunisie, elle réalise qu’aucune course sur route n’existe encore. Alors elle décide de tout créer.
Le semi-marathon, le 5 000 mètres, le 10 000 mètres… toutes ces disciplines verront le jour grâce à elle.
Dalila Louati ne se contente pas de courir : elle ouvre la voie aux Tunisiennes.
La première femme tunisienne à franchir la ligne
En 1988, elle participe au premier Marathon des assurances COMAR, à Tunis.
Devant des coureurs venus du monde entier, Dalila réalise l’exploit : première Tunisienne à terminer un marathon. Avec un chrono de 3 h 27, elle bat son propre record et entre dans l’histoire.
« Je me souviens du bruit des motos, de la foule, des annonces au micro. J’en avais la chair de poule », raconte-t-elle.
Une émotion gravée à jamais. Son nom s’inscrit alors dans la légende de l’athlétisme tunisien.
Dalila Louati – Une pionnière souvent seule sur la piste
Mais derrière la gloire, la réalité est rude, Dalila doit tout faire seule. Les hommes partent en stage à Ifrane ou à Font-Romeu, elle reste en Tunisie.
Pas d’entraîneur, pas de moyens, pas de salaire. Malgré ses titres, elle n’a ni sponsor ni soutien financier.
« J’étais championne, mais je devais travailler pour payer mes baskets », confie-t-elle.
Entre ses entraînements et son emploi à l’école primaire, elle s’accroche. Une vie de labeur, de sacrifices, mais aussi de passion inébranlable.
Chaque médaille, chaque performance, elle les gagne à la force du mental.
Une carrière forgée dans la persévérance
Au fil des années, Dalila multiplie les exploits. Marathon de Paris en 3 h 14, quatrième place sur un 120 km en Libye, records nationaux à répétition.
Et quand elle ne trouve plus de place pour progresser dans son pays, elle s’envole pour la France.
Aujourd’hui encore, elle vit à Créteil, où elle travaille comme îlotière municipale. Un métier exigeant, mais qu’elle concilie avec ses entraînements quotidiens.
« Je tombe, je me relève toujours. » Cette phrase pourrait être sa devise.
Elle continue à représenter la Tunisie sur la scène internationale, fière de son drapeau et de son parcours.
Dalila Louati – Une source d’inspiration pour les femmes tunisiennes
Grâce à Dalila, les Tunisiennes osent. Elles s’inscrivent désormais aux trails, aux semi-marathons, aux marathons. Les mentalités changent.
« Aujourd’hui, le record féminin tunisien est de 2 h 40. Les femmes vont plus loin, plus fort, plus librement », se réjouit-elle.
À 64 ans, Dalila inspire toutes les générations. Invitée sur les plateaux TV et radios, elle partage son message :
« Mesdames, sortez de votre cocon ! Le sport vous rend fortes, vous donne le sourire et l’énergie. » Un discours qui fait écho dans tout le pays.
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Toujours debout, toujours en course
Malgré les années, Dalila continue à courir. Son prochain objectif : les championnats du monde Master en Corée du Sud, du 23 août au 9 septembre.
Elle espère pouvoir financer son déplacement, après des années à tout payer seule. Et comme si cela ne suffisait pas, elle s’investit aussi comme entraîneure.
Diplômée en Tunisie et au CREPS de Lille, elle encadre quelques athlètes, hommes et femmes, entre deux journées de travail.
Une manière de transmettre, d’encourager et de rendre ce que le sport lui a donné.
Une flamme qui ne s’éteint jamais
Quand on lui demande comment elle veut qu’on se souvienne d’elle, elle sourit.
« Comme d’une femme battante, qui ne lâche rien. » Et si elle devait parler à la Dalila de 9 ans, celle qui courait pieds nus dans les rues d’Ezzahra, elle lui dirait simplement :
« Continue de courir, mais apprends à gérer ton effort. Le marathon, c’est la vie. Il faut le visualiser du départ à l’arrivée. »
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Une légende vivante du marathon tunisien
Dalila Louati n’a pas seulement couru pour elle. Elle a couru pour toutes celles qui viendront après.
Cinquante-cinq ans de passion, de combats et de victoires qui font d’elle une véritable légende du sport tunisien. Et tant qu’elle aura la force, elle continuera à courir.
Parce qu’une pionnière, ça ne s’arrête jamais.
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